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L’investissement socialement responsable passe avec brio le test du coronavirus

Les bourses se sont effondrées en mars lorsque le Covid-19 s’est propagé en Occident. Certains investissements ont mieux résisté que d’autres : les portefeuilles gérés de manière socialement responsable n’ont bien sûr pas pu éviter un recul, mais la baisse s’est avérée moindre.

Mieux encore : alors que de nombreux investisseurs effrayés ont retiré leur argent des fonds d’investissement, de l’argent a continué à affluer vers les fonds d’investissement socialement responsable. Selon le fournisseur d’informations sur les fonds d’investissement Morningstar, les investisseurs du monde entier ont retiré 385 milliards de dollars des fonds d’investissement au cours des trois premiers mois de cette année. En revanche, les fonds pourvus d’une stratégie durable ont reçu 45 milliards de dollars supplémentaires durant la même période.

Que répondez-vous ?

Que cache cette remarquable évolution ? Le mouvement vers l’investissement socialement responsable est depuis pas mal de temps une tendance forte qui ne cesse d’augmenter. Les grands investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les gestionnaires d’actifs, orientent massivement leurs investissements vers la durabilité. Cette histoire ne laisse personne indifférent. Que répondez-vous lorsqu’on vous demande si vous préférez que votre argent soit utilisé pour n’importe quelle entreprise ou qu’il aille à des entreprises ou sociétés qui rendent aussi le monde meilleur ?

Il n’y a pas si longtemps encore, on pensait que l’attention portée à l’environnement, une bonne politique sociale et/ou une bonne gouvernance coûtaient de l’argent et pesait donc sur le rendement. Nous savons maintenant qu’il n’en est rien. Il n’y a absolument aucun impact négatif sur le rendement financier des investissements socialement responsables. C’est plutôt le contraire. Les cours boursiers des entreprises bien gérées semblent mieux résister que ceux des entreprises « ordinaires », en particulier en période de crise ou de grande incertitude. On peut pour le moins dire que les investissements socialement responsables font moins le yoyo.

Une valeur refuge

L’investissement socialement responsable comme valeur refuge ? La pandémie du coronavirus a clairement montré que la politique environnementale n’est pas le seul aspect essentiel. La durabilité est souvent évaluée selon trois critères connus sous l’abréviation ESG : Environment, Social, Governance. Où se classe une entreprise en matière d’environnement, attache-t-elle une grande importance aux relations sociales et mène-t-elle une politique d’entreprise adéquate et transparente ? Ces derniers mois, le « S » de « Social » a pris une place importante. Les gens apprécient que, dans des circonstances difficiles, les entreprises prennent bien soin de leurs employés, de leurs fournisseurs et de toutes les personnes impliquées. Les entreprises qui n’avaient pas attendu le coronavirus pour permettre le travail flexible ou à distance ont clairement été avantagées lorsqu’il a soudain fallu le faire.

Une politique durable conduit donc aussi à de meilleurs résultats économiques. Voilà qui est devenu clair pour les investisseurs, aujourd’hui mieux que jamais. Il n’est donc pas anormal que les bonnes entreprises durables obtiennent une meilleure valorisation de leurs actions ou doivent payer moins d’intérêts sur leurs obligations. Ceci accroît encore l’avantage économique de faire affaire avec bienveillance. Les bons gestionnaires savent quoi faire.

Il se trouve justement que le prix du pétrole a, lui aussi, fortement baissé au cours du premier semestre de l’année. Le fait que les producteurs de combustibles fossiles soient moins représentés dans les portefeuilles et les fonds gérés de manière socialement responsable contribuerait à expliquer pourquoi les fonds durables performent mieux cette année. Mais l’absence de compagnies pétrolières ne peut pas expliquer toute la différence. De plus, tous les fonds durables n’excluent pas totalement les compagnies pétrolières. Une part importante d’investisseurs éthiques recourt à la stratégie « best-in-class ». Ce faisant, le gestionnaire investit le portefeuille avec une répartition classique entre tous les secteurs (ou la plupart d’entre eux), mais ne sélectionne que les entreprises les mieux notées de leur secteur du point de vue des facteurs dits ESG. Ainsi, les indices ou secteurs sont constitués, par exemple, des 50 % ou 25 % d’entreprises les plus socialement responsables.

Un grand bond en avant

Les défenseurs de ce mode d’investissement socialement responsable affirment qu’une petite avancée dans un secteur industriel polluant, mais indispensable peut s’avérer plus bénéfique pour la société qu’un grand bond en avant d’une entreprise de logiciels dont l’impact environnemental est de toute façon faible. Sur le plan purement financier, cette stratégie présente l’avantage que la diversification du portefeuille ne doit pas différer beaucoup de celle des portefeuilles ordinaires. Les gestionnaires d’actifs adoptent également un screening durable des entreprises parce qu’ils évitent ainsi certains risques qui pourraient leur coûter cher ainsi qu’aux investisseurs. Il suffit de penser aux énormes dégâts causés par le scandale des émissions dans le secteur automobile allemand. Une entreprise qui enfreint les normes environnementales ou ne respecte pas la vie privée de ses clients ou utilisateurs risque non seulement de nuire à sa réputation, mais aussi d’être plus souvent financièrement affectée.

La maturation

L’investissement socialement responsable est devenu un élément important de la gestion des actifs. Il a été promu avant tout par l’industrie de l’investissement. Le secteur s’est réjoui de pouvoir établir un lien entre une histoire positive et l’investissement, rendant de nombreux épargnants incertains ou méfiants. La maturation de l’investissement socialement responsable a également donné lieu à un vaste choix de stratégies différentes. Par exemple, il y a l’approche « best-in-class » déjà mentionnée, mais il existe aussi des fonds qui recherchent principalement des thèmes importants pour un monde plus durable. Comme les entreprises dont les produits offrent des solutions pour un meilleur environnement (par exemple, des machines à laver plus économes en eau) ou pour le réchauffement climatique (des batteries rechargeables pour les voitures électriques) ou les entreprises qui mettent fortement l’accent sur l’égalité des sexes, les entreprises qui offrent de bonnes conditions de travail dans les pays en développement et les entreprises qui refusent de s’associer à une évasion fiscale extrême. Le choix d’investir dans un monde meilleur est grand et s’accroît de jour en jour.

Disclaimer : Les informations contenues dans cette publication constituent un commentaire général sur la situation financière actuelle et ne doivent pas être considérées comme un conseil ou une recommandation concrète en matière de produits financiers.