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L’épidémie de COVID-19

La Chine est entrée dans « l’année du rat » à la fin du mois de janvier. Cependant, 2020 restera dans l’histoire comme l’année du coronavirus. Cette pandémie a un impact sans précédent sur l’économie et les marchés financiers. Mettons les choses au point.

Pourquoi ce pessimisme ?

  • Il est impossible de prévoir l’ampleur finale de l’épidémie et les dégâts qu’elle provoque. À ce stade, nous ne savons pas à quoi ressemble le « pire des scénarios », et cela constitue un terrain fertile pour le pessimisme des investisseurs.
  • Le virus covid19 semble être au moins aussi contagieux que la grippe annuelle, mais beaucoup plus mortel. Les vaccins ou les traitements ne sont pas (encore) disponibles, ce qui oblige les gouvernements à prendre des mesures telles que le confinement, la quarantaine et les restrictions de mouvement qui perturbent fortement l’activité économique. La production et la consommation sont dans une large mesure au point mort dans les zones touchées et ne se rétabliront que lentement par la suite.
  • L’épicentre de l’épidémie en Chine est un centre de production d’une grande importance pour les chaînes de production de nombreuses entreprises. Les provinces les plus touchées représentent 55% des exportations chinoises. L’arrêt de l’activité économique dans cette région met en péril l’approvisionnement de nombreuses entreprises et entraînera une forte baisse de la croissance chinoise au premier trimestre.
  • L’apparition et la propagation rapide de l’épidémie en dehors de la Chine ont mis fin à l’espoir qu’il s’agissait d’un problème chinois isolé. Alors que la Chine était très déterminée à s’attaquer au problème et ne craignait pas de confiner des mégalopoles, l’Europe a opté pour une approche moins radicale. La fermeté chinoise a permis à la courbe des nouvelles infections d’atteindre un « plafond » relativement rapidement. Nous ne voyons pas cela en dehors de la Chine: l’épidémie continue de se propager jour après jour, alimentant l’incertitude des investisseurs.

L’impact économique de l’épidémie a « infecté » le reste du monde:

  • La Chine est un important moteur de croissance de l’économie mondiale. Les pays qui exportent beaucoup vers la Chine sont eux-mêmes affectés dans leur croissance (Singapour, Corée du Sud, mais aussi Japon, Allemagne et Brésil).
  • De nombreuses entreprises dépendent de produits semi-finis « made in China ». La perturbation de leur chaîne de production compromet la croissance des bénéfices dans les trimestres à venir. Cela s’applique non seulement à la Chine, mais aussi au nord de l’Italie et à d’autres régions industrielles touchées.
  • Enfin, il existe un risque de contagion financière: les entreprises dont les bénéfices dépendent fortement des ventes générées dans les zones touchées (par exemple, l’avertissement d’Apple concernant la baisse des ventes en Chine). En raison de la propagation mondiale de l’épidémie et de l’impact majeur des mesures, le secteur des services en subira également les conséquences (pensez au tourisme, à l’aviation, aux loisirs…). Jusqu’à présent, le secteur des services était le moteur de l’économie mondiale, et son affaiblissement la rend plus vulnérable.
  • Le déclin de l’activité économique a des effets indirects qui se font pleinement ressentir aujourd’hui. Le plus spectaculaire est le crash pétrolier du 9 mars. Moins d’activité signifie une baisse de la demande de pétrole. Dans le passé, une telle baisse de la demande était généralement compensée par une réduction de la production des pays de l’OPEP, qui assuraient ainsi leurs revenus. Or, nous voyons maintenant le contraire: la tension sur le marché du pétrole est exacerbée par une guerre des prix menée par les grands producteurs (Russie et Arabie Saoudite). À son tour, cette chute du prix du pétrole entraîne des difficultés potentielles pour les entreprises du secteur pétrolier, qui doivent supporter des coûts financiers élevés et gagnent désormais beaucoup moins. Ainsi, une conséquence indirecte de l’épidémie de Corona (baisse de la demande de pétrole) entraîne une « contagion » des actions énergétiques et autres sur le marché boursier.

Y a-t-il aussi de bonnes nouvelles ?

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  • Des indications prudentes montrent que le nombre de nouvelles infections en Chine ralentit. Dans certaines régions touchées, l’activité reprend lentement. La fréquence des indicateurs économiques traditionnels est trop faible pour prendre le pouls, mais les indicateurs indirects (utilisation du charbon, travailleurs retournant en ville pour reprendre le travail) semblent indiquer une érosion de l’activité économique.
  • Un soutien très important est la certitude absolue que tant les banques centrales que les gouvernements feront tout leur possible pour atténuer l’impact économique de l’épidémie.
  • Les investisseurs escomptent maintenant deux ou trois réductions des taux d’intérêt par la banque centrale américaine (la Fed) en 2020; jusqu’à récemment, il ne s’agissait que d’une seule réduction des taux d’intérêt. Une première réduction de 0,50% est devenue réalité le 3 mars. Un soutien monétaire supplémentaire est attendu de la part de la Banque centrale européenne et de la Banque du Japon (toutes les baisses de taux ne sont pas abordées ici). La Chine, le Japon et probablement aussi l’Europe invoqueront des mesures fiscales pour en atténuer l’impact. Les règles fiscales seront temporairement mises de côté. Nécessité fait loi.
  • Une épidémie entraîne principalement un report de consommation et de production, et non des dommages permanents. Dans ce contexte, on parle d’une reprise en « V ». Une chute brutale, suivie d’une reprise relativement rapide lorsque l’épidémie s’éteint. C’est la théorie. Aujourd’hui, il existe encore une grande incertitude quant à la profondeur du « V » et à la vitesse à laquelle on atteindra à nouveau l’ancien niveau de croissance. Le « V » peut tout aussi bien devenir un « U »: une forte baisse de l’activité économique, suivie d’une plus longue période de stagnation avant que la reprise ne s’amorce. En tout cas, il est clair que toutes les prévisions pour 2020 peuvent être jetées à la poubelle. Le premier trimestre est un trimestre perdu, et il est préférable de ne pas faire trop d’hypothèses sur la force de la reprise espérée à ce stade.
  • L’épidémie a frappé à un moment où d’importantes zones économiques affichaient une reprise de la croissance économique. En décembre/janvier, de nombreux indicateurs ont montré une croissance relativement forte – meilleure que prévue. La dynamique sous-jacente était saine. Le marché du travail américain en est une bonne illustration. En février, le marché du travail américain s’est avéré beaucoup plus fort que prévu. Il en va de même pour la confiance des entreprises dans le secteur des services aux États-Unis. Certes, les États-Unis n’ont pas encore atteint leur « pic de coronavirus », mais de tels indicateurs alimentent l’espoir que la forme physique du patient facilitera sa guérison.

Impact sur nos investissements

  • La plupart des bourses se sont retrouvées dans un « marché baissier ». Les hausses des cours de 2019 ont été largement effacées, et ce en un laps de temps exceptionnellement court. Ce sont les secteurs qui souffrent le plus économiquement des mesures corona qui souffrent le plus. Mais les victimes « indirectes », telles que les stocks énergétiques, enregistrent également des pertes importantes. Dans le même temps, les régions qui ont peut-être le plus souffert résistent relativement bien. Début mars, le marché boursier chinois a atteint son plus haut niveau en deux ans.
  • La diversification fonctionne ! Face à l’incertitude et au pessimisme des bourses, il y a une fuite vers les « havres de paix »: Obligations du gouvernement américain, obligations souveraines en général, investissements liés à l’or. La diversification géographique s’est également avérée très enrichissante. Une telle diversification entre différents types de placement, régions et secteurs atténue l’impact négatif sur le portefeuille d’investissement.
  • L’histoire montre qu’il n’est pas conseillé de prendre des décisions drastiques concernant le portefeuille de placement dans les moments de panique du marché. Rétrospectivement, le moment du revirement est souvent proche du moment du pessimisme le plus sombre. Tout comme pour des événements comme celui-ci, il est important de garder à l’esprit les objectifs à long terme et la stratégie d’investissement du portefeuille.

Disclaimer : Les informations contenues dans cette publication constituent un commentaire général sur la situation financière actuelle et ne doivent pas être considérées comme un conseil ou une recommandation concrète en matière de produits financiers.