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La magie de la technologie : pourquoi il ne serait pas judicieux de faire tapis maintenant

Si les nouvelles encourageantes au sujet d’un vaccin efficace contre le coronavirus ont porté un coup à l’« économie à domicile », la technologie continue malgré tout de dominer les Bourses mondiales. Actuellement, les GAFAN — Google, Apple, Facebook, Amazon, Netflix — représentent ensemble plus de 30 pour cent de la valeur totale des 500 actions les plus importantes du marché américain. Tesla a même vu sa valeur quadrupler au cours de cette année marquée du sceau du Covid-19. Tout cela incite de nombreux investisseurs à prendre le train de la technologie en marche. Est-ce une bonne idée ?

Il y a peu de doute : la technologie et Internet poursuivront leur croissance et gagneront encore en importance. La pandémie a encore accentué cette tendance. Même les Belges un peu conservateurs se sont mis à acheter massivement en ligne. Tout profit pour Microsoft, Amazon, Zalando, Bol.com (Ahold Delhaize), vous connaissez les noms. Il ne serait cependant pas judicieux de miser soudainement beaucoup d’argent dans ce secteur. Encore moins tout votre portefeuille.

Par le passé, on a souvent constaté que des placements dans des secteurs considérés comme « l’avenir » par tout le monde n’offrent pas automatiquement un bon rendement. Pensez à l’essor de la radio, de la voiture, des voyages en avion ou, plus récemment, de l’énergie solaire ou des éoliennes : au mieux, ils ont apporté des gains aux investisseurs ayant acheté et revendu aux bons moments. Mais la plupart s’y sont brûlé les doigts ou n’ont obtenu qu’un faible rendement. Tandis que la demande pour ces nouveaux produits a continué de grimper durant des décennies parfois. Une invention ou un produit peut à la fois changer le monde et constituer un mauvais placement.

De héros à zéro

Prenons l’avènement des chemins de fer aux États-Unis. Aux alentours de 1900, les sociétés de chemins de fer représentaient 63 pour cent de la Bourse. Pourtant, il s’agissait souvent de très mauvais placements, car ces entreprises devaient beaucoup investir. À partir de 1926, le transport routier est devenu un concurrent, suivi en 1934 par l’aviation. En 1970, les États-Unis ont connu la plus grande faillite de leur histoire avec le dépôt de bilan d’une compagnie de chemins de fer. Bien que la voiture et l’avion se développaient plus que jamais, les rendements des constructeurs automobiles ou de la navigation aérienne étaient également souvent décevants. Et juste au moment où les sociétés de chemins de fer semblaient complètement hors jeu, elles ont commencé à rapporter quelque chose aux actionnaires. La raison ? Elles ont rationnalisé et gagné énormément en productivité. Dans le même temps, la valorisation de leurs actions avait fortement chuté.

Morale de l’histoire : si un secteur ou une entreprise dépasse les attentes (ce qui est reflété dans le prix de l’action), les actions fourniront un bon rendement. Les placements sont entièrement liés aux attentes. Et pour les produits ou les tendances dont tout le monde se dit qu’ils changeront complètement nos vies, ces attentes sont souvent trop élevées. Inversement, les secteurs qui semblent totalement dépassés peuvent rapporter beaucoup, précisément parce que les attentes sont tellement faibles et faciles à dépasser.

Ce cher Apple 

Il y a quelques années, les investisseurs croyaient que la croissance d’Apple était terminée. L’action coûtait alors un peu plus de dix fois ce qu’elle rapportait. Mais Apple a continué sa marche en avant et le prix de son action représente aujourd’hui plus de trente fois son bénéfice. Une bonne affaire pour les actionnaires existants, mais il sera beaucoup plus difficile de faire aussi bien désormais. Si les résultats déçoivent, la grande valorisation actuelle sera en danger.

La loi des grands nombres joue également un rôle ici. Apple et d’autres géants de la technologie sont devenus très grands. Multiplier encore les bénéfices comme ils ont pu le faire pendant des années devient donc beaucoup plus compliqué.

Un autre phénomène est à l’œuvre. Quand on regarde le top 10 des plus grandes sociétés cotées, la moitié d’entre elles en sortent tous les cinq ans pour laisser place aux nouvelles entreprises à succès. En 1964, une entreprise moyenne du S&P500 y restait 33 ans. En 2016, cette durée était encore de 24 ans. Au rythme actuel, environ la moitié des entreprises du S&P500 disparaîtront de cet indice dans les dix prochaines années. AIG, Wells Fargo, Philip Morris, Nokia… : dans un passé pas si lointain, elles étaient intouchables. Les Amazon et Apple de leur temps. Quelques-uns des champions actuels subiront à n’en pas douter le même sort à moyen terme.

Mise multipliée

Bien entendu, Microsoft, Amazon et Apple sont de merveilleux placements qui ont permis plusieurs fois aux investisseurs de multiplier leur mise. Mais ce sont des exceptions. Et personne ne reste éternellement au sommet. Même si certains peuvent y demeurer longtemps ou y revenir, comme Microsoft. En d’autres termes : il n’est jamais judicieux de mettre tous vos œufs dans le même panier. Les investisseurs peuvent acheter des actions fortement valorisées (généralement chères), mais aucun grain de sable ne doit venir perturber la machine pour conserver cette valorisation. Et comme on l’a dit, le vent peut tourner. À l’inverse, il est aussi avisé d’offrir une place dans votre portefeuille à des secteurs, des entreprises ou des pays tombés temporairement en disgrâce : leur impopularité signifie souvent qu’ils sont bon marché. Il ne faudrait alors plus que la situation s’améliore légèrement pour qu’ils deviennent de bons placements.

Il en va de même pour les régions ou les pays. Aujourd’hui, Wall Street est plus souverain que jamais, alors que les Bourses européennes se portent moins bien depuis plus d’une décennie. Cela aussi peut changer (on observe d’ailleurs déjà un début de retournement dans la réaction des marchés à l’annonce d’un vaccin). Au début des années 1990, les Bourses américaines étaient en crise et le Japon frôlait les plus hauts sommets. Les investisseurs ayant opté pour Wall Street ont fait une affaire en or, ceux qui ont cédé aux sirènes de Tokyo n’ont probablement pas encore récupéré toute leur mise.

Leçon à tirer

Évidemment, c’est toujours facile de le dire après. Mais une conclusion s’impose : répartissez vos placements sur plusieurs secteurs et diverses régions. Ne vous laissez pas tourner la tête par the next big thing. Une diversification suffisante réduit les risques et augmente les chances d’obtenir réellement le rendement supérieur que les actions offrent en temps normal.

Disclaimer : Les informations contenues dans cette publication constituent un commentaire général sur la situation financière actuelle et ne doivent pas être considérées comme un conseil ou une recommandation concrète en matière de produits financiers.