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L’économie après la pandémie : des taux d’intérêt plus élevés avec un risque de récession ?

Nous savons tous que l’argent ne pousse pas sur les arbres… Comme prévu, la banque centrale américaine change de cap : d’un seul coup, la « Fed » a augmenté les taux d’intérêt avec le plus grand bond connu depuis 2000. Et cette année, d’autres hausses de taux sont également prévues. Les emprunts deviendront donc plus chers, ce qui déplaira aux investisseurs. Est-ce le signe avant-coureur d’une récession ? Nous avons demandé à Bart Abeloos de Crelan et à Katrien Pottie d’Amundi de nous donner plus d’informations à ce sujet.

L'économie aujourd'hui : une femme est confortablement assise dans un fauteuil et regarde le lancement de la bourse sur son ordinateur portable.

KATRIEN POTTIE « La raison pour laquelle la banque centrale américaine augmente les taux d’intérêt est simple : l’inflation atteint des niveaux que nous n’avons plus vu depuis 40 ans. Et ce, alors que le niveau de chômage aux États-Unis est à son niveau le plus bas depuis les années 50. On dit d’ailleurs que la Fed est « derrière la courbe » ce qui veut dire que, par rapport à ces deux indicateurs, elle aurait déjà dû augmenter les taux. »

Aujourd’hui, on parle souvent de « l’inversion de la courbe des taux ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

KATRIEN POTTIE « Dans un environnement économique stable, les rendements obligataires croissent avec la maturité des titres, emprunter devient plus cher à mesure que l’échéance s’éloigne. Cela est logique : après tout, vous prêteriez aussi plus facilement de l’argent à votre voisin pour une semaine que pour 20 ans, non ? En outre, plus la durée pendant laquelle vous devez vous séparer de votre argent est longue, plus il est probable que sa valeur soit érodée par l’inflation dans l’intervalle. Les investisseurs à long terme veulent également être rémunérés pour cela. »

BART ABELOOS « Aujourd’hui, la banque centrale américaine augmente les taux d’intérêt à court terme pour contrer l’inflation. Cette hausse conduit à ce que l’on appelle une « inversion » des taux d’intérêt. Les taux à court terme deviennent supérieurs aux taux à long terme. Les taux à long terme baissent parce que les investisseurs anticipent une baisse de l’inflation future ; la prime de risque pour abandonner de l’argent à long terme diminue. »

Pourquoi cela fait-il couler autant d’encre ?

BART ABELOOS « Tout d’abord, les investisseurs qui disent que la Fed est derrière la courbe estiment que la Fed aurait dû intervenir plus vite et ne pas laisser l’inflation augmenter aussi fortement. Deuxièmement, l’inversion de la courbe des taux est notoire car son apparition précède souvent une récession. Le rythme soutenu des hausses de taux d’intérêt encore à venir pourrait entraîner un ralentissement économique, voire une récession (un recul de l’activité économique pendant au moins deux trimestres consécutifs). La combinaison d’une monnaie plus chère et d’une inflation plus élevée nuit au pouvoir d’achat. Rien que faire le plein de sa voiture pèse lourd sur le budget des ménages aujourd’hui… »

KATRIEN POTTIE « Mais certains stratèges sont beaucoup moins négatifs et ils ont aussi des arguments pour cela. Pour eux, les taux d’intérêt réels, moins l’inflation, restent négatifs. Ils ne vont donc pas ralentir la croissance économique et provoquer une récession. Le marché du travail américain reste aussi très robuste, ce qui soutient la consommation. La consommation des biens aux États-Unis reste bien au-dessus des niveaux pré-pandémiques. Un autre point intéressant est que le ratio des dettes, par rapport aux revenus, de la population américaine est à un niveau historiquement bas, ce qui signifie que les Américains ont encore une marge de manœuvre financière. Nous n’excluons donc pas la possibilité d’une récession aux États-Unis, mais nous estimons que le risque de récession à court terme est faible. Pourtant, le dilemme de la Fed reste bien réel : à quel rythme augmenter les taux d’intérêt pour stopper l’inflation sans nuire à la croissance ?

Plus près de chez nous, la banque centrale européenne a également indiqué vouloir intervenir au niveau de l’inflation. Courons-nous également ce risque de récession ?

BART ABELOOS « La situation économique en Europe n’est pas aussi favorable que celle aux États-Unis car notre croissance est moins forte et le marché du travail beaucoup moins robuste. Mais nous sommes malheureusement aussi confrontés à une forte inflation. En raison des perturbations dues au coronavirus, l’inflation était déjà élevée (5,8 % en février), mais la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie ne font qu’accélérer le mouvement, à travers la flambée des prix de l’énergie et des matières premières. »

KATRIEN POTTIE « L’Europe pourrait même s’installer dans ce que l’on appelle une stagflation (un scénario qui n’est pas à exclure pour les États-Unis non plus). Nous avons déjà connu cela dans les années 70. La stagflation est une situation durant laquelle la croissance économique ralentit, ou même décline, avec une hausse de chômage alors que l’inflation reste très élevée. »

BART ABELOOS « Plus concrètement, l’inflation en zone euro atteignait + 7,5 % en avril (par rapport à avril 2021) tandis que la croissance économique (croissance du PIB) était d’à peine 0,2 %. Ce n’est pas un signe très encourageant, mais il est encore trop tôt pour déjà qualifier cette crise de stagflation. Pour cela, il faudrait que la situation perdure sur du plus long terme et que le chômage commence à augmenter. »

Dans cet environnement économique, que conseillez-vous aux investisseurs ? 

BART ABELOOS « Une hausse des taux directeurs des banques centrales affecte principalement les taux à court terme et devrait inciter les investisseurs à opter pour des obligations à court terme, afin de pouvoir réinvestir rapidement cet argent à des taux plus élevés. 

KATRIEN POTTIE « Jusqu’à ce que les marchés retrouvent un nouvel équilibre, il existe un risque que les obligations ne puissent pas jouer pleinement leur rôle de diversification dans un portefeuille. Nous conseillons dès lors aux investisseurs d’aller à la recherche d’actifs qui peuvent jouer ce rôle, comme des actifs réels. Plus précisément, nous pensons à l’immobilier et aux actifs qui sont à l’origine de l’inflation que nous connaissons aujourd’hui, comme l’énergie, les matières premières et les produits de base (l’exploitation minière ou l’agriculture, par exemple). »

BART ABELOOS « Les actions restent aussi une classe d’actifs à garder dans le portefeuille pour l’investisseur, tout en étant très sélectif. Les entreprises qui créent beaucoup de valeur ajoutée, innovent beaucoup ou ont des marques fortes auront plus facile à répercuter la hausse des coûts de production sur le consommateur. Les entreprises monopolistiques ou celles ayant des produits rares (comme les produits de base) pourront aussi plus facilement augmenter leurs prix. Enfin, n’oublions pas que le rendement total d’une action est composé de l’augmentation de son prix mais aussi de dividendes. De nombreuses entreprises pourraient verser des dividendes plus élevés après la pandémie. Donc vous pouvez essayer de garder la paix dans votre portefeuille. »

Disclaimer : Tous les commentaires et analyses reflètent la vision de Amundi Asset Management des conditions du marché et de son évolution, selon les informations connues à l’époque. En raison de la nature simplifiée des informations contenues dans ce document, ces informations sont nécessairement partielles et incomplètes et ne sauraient être considérées comme ayant une valeur contractuelle.

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